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Le grand patron de Stellantis, John Elkann, a rencontré le président américain à la Maison-Blanche.
L’un possède les manières onctueuses d’un diplomate. L’autre pratique le plus souvent l’outrance. John Elkann, grand patron de Stellantis, s’est rendu le 31 mars à la Maison-Blanche pour rencontrer Donald Trump. Selon la presse transalpine, John Elkann était venu évoquer la « compétitivité » de l’industrie américaine. Ces derniers jours, des dirigeants de Ford ou de General Motors ont aussi dialogué avec l’administration Trump. Rappelons que Stellantis possède les marques Jeep, Chrysler, Ram ou Dodge. Et le groupe vend 1,3 million de véhicules par an aux États-Unis, possède 16 usines et emploie 48 000 salariés.
« Les droits de douane n’ont pas été un argument discuté lors de la réunion », indique La Repubblica. Rappelons que ce quotidien italien appartient à Exor, la holding de la famille Agnelli-Elkann. Pas de droits de douane au menu de la rencontre, vraiment ? Alors que Stellantis est très exposé aux risques posés par ces barrières ? « Au contraire, Trump, après la rencontre, a précisé qu’Elkann n’avait pas demandé leur suspension, annonce La Repubblica. Les deux hommes auraient discuté de la possibilité de réduire les standards environnementaux ».
Après avoir réduit les aides aux véhicules électriques, le président des États-Unis préparerait un retour aux normes CO2 de 2020, moins exigeantes que les standards prévus à l’horizon par l’administration de Joe Biden.
C’était la seconde rencontre officielle entre les deux hommes, après une première réunion en janvier, dans le resort personnel du républicain à Mar-a-Lago, en Floride. À l’issue de cette précédente rencontre, John Elkann avait annoncé 5 milliards d’euros d’investissements aux États-Unis pour donner : « de la stabilité à la superbe main d’œuvre américaine ».
L’épisode a le mérite de nous éclairer sur les changements à l’œuvre chez Stellantis. Avant son départ, Carlos Tavares maniait un style oratoire abrasif, comme il l’avait montré à l’automne devant les parlementaires italiens. La compétition était « darwinienne » pour cet autoproclamé « psychopathe de la performance ». Place à la câlinothérapie. Un signe parmi d’autres ? Une convention avec 450 sous-traitants s’est tenue cette semaine à Turin. Au printemps dernier, Carlos Tavares menaçait ses fournisseurs d’internaliser la production de certains composants pour améliorer la compétitivité de son groupe.
Par contraste, Jean-Philippe Imparato, patron de Stellantis Europe, a exprimé cette semaine-là : « détermination à unir nos forces en reconnectant (Stellantis) avec tous ses partenaires, y compris ses fournisseurs – pour parvenir à sécuriser le futur de ce secteur stratégique ».
En attendant la désignation d’un éventuel successeur pour Carlos Tavares, John Elkann, chairman de Stellantis, négocie, discute, consulte, rassure. Comme le montre la rencontre avec Trump, on dialogue avec le monde politique. Après le départ de Carlos Tavares, en décembre, l’homme d’affaires américano-italien s’était présenté devant Emmanuel Macron, à l’Élysée, afin de : « confirm(er) au chef de l’État l’engagement du groupe automobile en France, dans la perspective de nouveaux projets dans l’Hexagone ».
Les relations sont également moins tendues avec le gouvernement italien. Finies les menaces, saisies et remontrances. En janvier, la présidente du Conseil Giorgia Meloni s’était dite « satisfaite » des garanties apportées au téléphone par John Elkann. Les engagements concernaient l’avenir industriel de Stellantis dans la Botte. Le sévère Adolfo Urso, ministre du Made in Italy, évoque désormais « un plan qui se concrétise chaque jour ». Fiat pax.
À lire aussiDonald Trump augmente les droits de douane sur les voitures aux Etats-Unis, même Elon Musk n’est pas contentPourtant, les chiffres sont mauvais. Stellantis a produit l’an dernier 283 000 véhicules en Italie, selon les calculs du syndicat Fim-Cisl. Un niveau équivalent à celui de Fiat en… 1956. Parmi les trois partis de la coalition très à droite au pouvoir, seule la Lega poursuit ses attaques virulentes. « Avec l’idée géniale du tout électrique qu’ils ont soutenu, (Stellantis) contribue à détruire le secteur de l’automobile, en Italie comme en Europe. Monsieur Elkann devrait s’excuser auprès des salariés et rendre les milliards d’aides de notre pays », disait le mois dernier un communiqué du parti dirigé par Matteo Salvini, le ministre des Infrastructures.
À l’échelle mondiale, la position de Stellantis est fragile. En 2024, le groupe a vu ses profits reculer de 70 %. Et, au premier trimestre, ses ventes ont reculé de 12 % aux États-Unis par rapport à l’année précédente.
Un autre tournant est notable. Stellantis réintègre l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), après deux ans de bouderie. Le lobby, mené par Luca de Meo, a récemment obtenu l’assouplissement des normes CO2 de l’Union européenne.
Avant son départ, Carlos Tavares avait exprimé son scepticisme à l’endroit d’un report. Il excluait aussi la formation d’un pool avec d’autres constructeurs pour éviter les pénalités. En début d’année, la presse a rapporté que Stellantis intégrera le maxi-groupe de partage de crédits avec Tesla, Toyota, Ford ou Mazda.
Lors d’une audition devant le Parlement italien, John Elkann se félicitait du report partiel des normes européennes. Mais il expliquait aussi qu’il s’agissait « d’interventions à court terme, qui ne donnent pas les certitudes nécessaires au marché ».
« Chez Stellantis, nous continuons à prétendre que l’électrification est l’instrument le plus efficace pour réussir la décarbonation, maintenait encore le boss. Et, en même temps, pour rejoindre les objectifs climatiques de 2035, il est nécessaire d’utiliser toute la gamme technologique à basse et à zéro émission, pour les véhicules neufs comme pour le parc existant ».
Face à Donald Trump, John Elkann a souligné le besoin de « règles claires et stables » selon La Repubblica. Dans les mauvais moments, on a besoin d’alliés et de certitudes. Le diplomate John Elkann semble l’avoir bien compris.
Mais la mise en place de droits de douane ne se fait pas sans inquiétude. L’usine Stellantis de Windsor (Canada) est ainsi mise en sommeil pour deux semaines après les annonces du président américain. Dans un contexte de guerre commerciale, on ne peut sans doute pas rassurer tout le monde.
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